Bitcoin, cet actif financier non identifié !!

10
Jan
dgitags.io

Le Bitcoin est généralement définie comme une monnaie virtuelle circulant sur internet.

Mais pouvons nous réellement parler de monnaie ? Le Bitcoin en épouse-il réellement les fonctions?  Ne serions nous pas désormais plutôt face à un actif financier dont les performances seraient comparable à celles d’autres actifs, comme l’or par exemple.

Au contraire, serait ce une classe d’actif financier inconnu jusqu’à maintenant ?

Essayons d’y voir plus clair…


“Le Bitcoin est une monnaie ! “ Oui mais..

Mais qu’est ce qu’exactement une monnaie ? Il est bon de repartir de la définition de la monnaie telle qu’on peut la retrouver sous Wikipedia, “la monnaie est définie par Aristote par trois fonctions: l’unité de compte, la réserve de valeur et l’intermédiaire des échanges”. Prenons tout d’abord, l’Unité de compte. Le Bitcoin permet en effet de mesurer la valeur d’un bien ou d’un service et peut être stocké en vue d’une utilisation future. On peut par exemple déterminer qu’un tableau d’art vaut 2 ou 3 bitcoin, il n’y pas de limites aux biens mesurables avec le bitcoin. Sur cette première caractéristique, il n’y a pas de discussion particulières, cette fonction est remplie.  

Un Instrument d’échange car peut l’utiliser pour acheter des biens ou des services. Tout type de bien ou de services pourraient en théorie être acheté en Bitcoin. C’est aussi une réserve de valeur, il peut être stocké pour être utilisé dans le futur.En s'arrêtant là, nous pourrions facilement conclure que le Bitcoin est une monnaie comme une autre.

Pour autant, si nous regardons la définition précise de ces deux dernières fonctions, nous pouvons tracer les limites du Bitcoin en tant que monnaie.

Wikipedia définit la fonction d'instrument d’échange d’une monnaie par “La monnaie permet de s'affranchir des limitations du troc en constituant une valeur échangeable contre biens et services dans la mesure où les autres acteurs de l'économie l’acceptent aussi”. Or sur ce dernier point, le Bitcoin n’y répond pas totalement car celui ci n’a pas de cours légal, c’est à dire qu’il serait reconnu par les pouvoirs publics et que dans un pays ou une zone (l'europe par exemple), tous les commerçants seraient obligé d’accepter les paiements en Bitcoin.

Par exemple, l’euro possède un cours légal: en France l’article R.642-3 du Code Pénal sanctionne le refus d’accepter les billets et les pièces libellées en cette monnaie.   La notion de réserve de valeur est elle aussi sujette à débat. Par celle ci on entend “la capacité que possède un instrument financier ou réel de transférer du pouvoir d’achat dans le temps.” (source Wikipedia). Pour transférer du pouvoir d’achat dans le futur, il faut un garantir qu’elle existera encore dans celui ci et que sa valeur y restera à peu près constante.

Or le Bitcoin possède une volatilité très forte car il ne repose qu’exclusivement sur le principe de l’offre et de la demande, n’étant régulé par aucun organismes, Banques centrales ou États au contraire de monnaies comme l’Euro ou le dollar. Par exemple si l’euro prend ou perd trop de valeur, la banque centrale européenne intervient pour réguler ses fluctuations.  Et dans son histoire, le Bitcoin a vécu des chutes brutales de son cours et sur des périodes très rapprochées. Pour exemple, le 30 Novembre 2013 sa valeur était de $1150,73 pour tomber à $547,53 le 18 Décembre, à peine une quinzaine de jours après. Cette chute faisait suite à perte de confiance des épargnants (principalement chinois) à la suite d’une note de la banque centrale chinoise refusant de donner un cours légal au Bitcoin et avertissant qu’investir dans le Bitcoin était un choix à ses risques et périls (Article du Los Angeles Times).  De forte variation de cours peuvent aussi se produire suite à des bulles spéculatives, par exemple une  chute de plus de 60% s’est produite le 12 Avril 2013.  

Plus récemment, même phénomène avec une dépréciation autour de 30% en 2 jours (de 2300 euros à 1680 environ) à la suite d’un rally haussier très important sur les mois d’Avril et Mai 2017.

Le Bitcoin n’épouse donc pas totalement les 3 fonctions propres à la monnaie.

L’autre fonction qui peut permettre de caractériser la monnaie c’est d’être un moyen de paiement.  Alain Testart, anthropologue français, dans le livre “Aux origines de la monnaie “ 2001 l’a définit même comme la fonction la plus importante, au delà même de celle plus communément admise de “moyen d’échange”.  


Un moyen de paiement ? techniquement oui, à l’usage peu  


Pour se faire une idée sur la notion de moyen de paiement, plusieurs éléments nous semblent intéressant à regarder. Ou payons nous en Bitcoin ? Quels sont les volumes d’échanges vs d’autres moyens de paiement utilisé? Quel est le profil utilisateurs des personnes possédant des Bitcoins ?


Il est possible de consulter le site www.coinmap.org , crée en 2013 par Satoshilabs, ou l’on peut avoir une idée des pays ou des expériences de ventes en physiques avec cette monnaie. Ce site n’est pas forcément exhaustif car il repose sur du déclaratif (on peut en effet se demander pourquoi l’Afrique est si peu représenté, notamment le Nigeria) mais il montre qu’il est possible de payer en Bitcoins dans le monde physique et un peu partout dans le monde.

Le Japon développe d’ailleurs son utilisation. Sii à date 4500 magasins autorisent le paiement en Bitcoins, cela concernera bientôt 260 000 enseignes au sein de l’archipel comme nous l’explique Numerama dans son article du 06 Avril, pour plus d’informations sur le sujet, vous pouvez lire leur article ci contre  Bitcoin Payment Makes Way To Japanese Retailers, PYMTS.com 30 May17 . Récemment une compagnie aérienne japonaise propose même à ses clients de payer leur billet d’avion en bitcoin,  Peach Airline to Accept Bitcoin After Japan Recognizes Cryptocurrency

Quant à son usage dans le monde numérique, il n’est pas limité au darknet comme pourrait le laisser croire l’image donné par les médias récemment. Il est aussi possible de payer en bitcoin sur des sites marchand. Le site français  bitcoin.fr peut vous en donner un rapide aperçu, non exhaustif  (https://bitcoin.fr/depenser-ses-bitcoins).


Une des limites à l’usage du moyen de paiement “Bitcoin” est la non protection de l’usager en cas d’utilisation frauduleuse. Or cette sécurité est une part entière des moyens de paiements traditionnels (carte bancaire par exemple) et limite actuellement la confiance et potentiellement son adoption par le citoyens lambda dans sa vie de tous les jours.

Si notre carte bancaire est utilisée de manière frauduleuse, les banques sont obligées de nous rembourser, ce n’est pas le cas du Bitcoin. En effet, si le protocole est infalsifiable, les plateformes d’échanges du Bitcoin peuvent elle, être hackées.  Cette notion de confiance est très importante dans le Bitcoin, et ce sujet sera explicité dans notre troisième article “Profil/User”.


Donc oui le Bitcoin est utilisé en tant que moyen de paiement, mais son usage en tant que tel est il réellement significatif ?


L’idée serait de regarder ’utilisation actuelle du Bitcoin par les personnes en  possédant.

On peut déjà regarder les volumes transaction par jours à l'échelle mondiale et en le comparant à d’autres moyens comme PayPal et les cartes bancaires.

Avec 300 000 transactions par jours contre 1,2 milliards pour les cartes bancaires, nous pouvons considérer le volume liés au Bitcoin comme anecdotique pour le moment.  Mais les personnes qui en possèdent l’utilise ils réellement comme un moyen de paiement?  En cela l’étude “ Bitcoin : currency or asset ?”, publiée en Novembre 2015, nous éclaire. Nous nous appuierons d’ailleurs beaucoup sur celle ci tout au long de notre article. Elle distingue les investisseurs (active investor and receive only investor), qui achètent des Bitcoins avec l’idée de spéculer ou d’investir et ceux qui l’utilisent en tant que “monnaie” (currency user), pour acheter des biens et des services.

Entre 2011 et 2013, ils constatent que si la part des “investisseurs” dans la population utilisant le Bitcoin passe de 27,36% à 34,62%, celle des “currency user” varie de 7,02% à 2,54%, ce qui représente une baisse significative. L'étude en tire la conclusion que le Bitcoin, pour la majorité de ceux qui en possèdent, est désormais plus considéré comme un actif financier qu’un moyen de paiement.


Le Bitcoin serait donc surtout un actif financier : mais de quel type?


On peut se demander si ce ne serait pas un produit financier de type spéculatif plus qu’un produit d’investissement ? Pour cela on peut regarder  sa volatilité que nous avons calculé à partir des valeurs quotidiennes du cours entre Octobre 2011 et Avril 2017.


Nous constatons, que si sa volatilité était extrêmement forte à ses débuts, celle ci à tendance à se stabiliser depuis 2015. On pourrait donc se dire que le Bitcoin est de moins en moins spéculatif. Pour autant si on compare cet indice de volatilité avec celui d’autres actifs, travail réalisé dans “ Bitcoin : Currency or Asset?”, la volatilité du Bitcoin reste extrêmement élevée comparée à celle des autres actifs étudiés.


Cet actif possède donc des caractéristiques forte de spéculation mais pas uniquement, et cela semble évoluer. Ce n’est pas donc suffisant pour la caractériser en tant que produit spéculatif.

Le Bitcoin est il une valeur refuge ?


L’attention médiatique récente semble concentré sur les performances financières de cet “or numérique” qui bat chaque semaines records après records : Le Bitcoin serait devenu une valeur de refuge ?

Mais tout d’abord, qu’entendons nous par une valeur refuge.

Une valeur est théoriquement une valeur qui fluctue moins que son indice de base, possède donc une faible volatilité et donc propose plus de sécurité. Certaines actions sont des valeurs refuges, les devises (notamment le USD et le Franc Suisse) ou l’or qui est considérée historiquement comme une valeur refuge par excellence.

La notion de refuge peut s’évaluer d’un point de vue comportemental, c’est à dire la tendance qu'ont les investisseurs à s’y réfugier dans le cadre de mouvement négatifs sur d’autres actifs (comme les actifs cotés type actions). C’est d’ailleurs plus dans ce sens que l’or est considéré comme une valeur refuge, plus que par sa volatilité, qui est loin d’être faible et qui si nous la considérons que sur ce dernier critère ‘en ferait pas un actif de type “refuge”.

Cette notion de valeur refuge a été d’autant plus évoqué que le prix du Bitcoin est passé pour la première fois au dessus de l’once d’or le 02 Mars 2017.


Un des premières analyse consiste à regarder la corrélation de l’évolution du cours du bitcoin (entre 2011 et 2017) avec les autres actifs financiers, que sont les actions (Nasdaq, S&P 500), le dollar, l’euro, le cours des matières premières (Ishares Commodities) et bien entendu l’or. On ne retrouve aucune corrélation particulière entre le Bitcoin et les autres actifs étudiés d’après l’étude “Bitcoin: currency or asset ?”.

Si c’était une valeur refuge, on aurait dû avoir un comportement proche de l’or et notamment sur des moments critiques sur les marchés boursiers. L’or étant connu pour réagir à l’opposée des marchés lorsque la situation se tend.


Dans cette optique, nous pouvons regarder le début de crise financière chinoise ayant eus lieu début Janvier 2016 suite à la dépréciation de la monnaie chinoise par le Gouvernement, faisons suite au mini krach boursier de l’été 2015 en Chine Article du Monde Janvier 2016.

Ce mini krach boursier s’est répercuté sur quelques semaines sur les marchés Européens et Américains.  L’idée était donc de regarder dans un premier temps et sur cet exemple précis, si sur les plateformes occidentales et chinoise, nous constations un comportement refuge immédiat comme l’or.


Nous constatons qu’il n’y a pas eus d’envolée particulières du Bitcoin pendant cette période, au contraire de l’or, qui lui a joué le rôle de valeur refuge immédiate.  


L’étude “Bitcoin : Currency or asset ?” a réalisé ce type d’exercice, de manière plus approfondie, sur une période plus longue en comparant le comportement du Bitcoin avec celui du S&P 500 pour voir si on constate un comportement “refuge” en réaction à une évolution négative des actions cotées américaines, à savoir le S&P 500.

L’étude ne constate aucunes relation inverse entre le cours du S&P500 et celui du Bitcoin, a savoir que même lors d’une chute brutale du S&P500, il n’y a pas de protection systématique des investisseurs avec le Bitcoin.  


Contrairement aux idées reçues, on ne peut donc pas réellement parler de valeur refuge.

Le Bitcoin est avant tout un actif non identifiable et...en constante évolution    


Si le Bitcoin, à date, semble plus se rapprocher plus d’un actif financier que d’une monnaie, il ne ressemble à aucun connu actif connu. La datavisualisation (voir notre article " Visualizing Bitcoin ") que nous avons publié précédemment, nous montre qu’il ne rentre dans aucunes cases et possède sa propre représentation.


Certaines caractéristiques (cours légal, moyen de paiement par exemple) ne sont pas figées et pourrait le caractériser à l’avenir selon la position qu’auront à l’avenir les états ou les institutions financières sur ce nouvel actif et le rapprocher d’autres bien identifiés.


Mais que deviendront les idéaux libertariens qui ont fait naître cette monnaie avec l’envie de créer une alternative à notre système financier si son adoption générale vient de la reconnaissance par les Etats et les institutions financières dont elle prétend s’affranchir ? Surtout si la “légalisation” de cette monnaie a pour objectif de mieux la contrôler ?

Paradoxal non?


Ces idéaux ne se déplaceront ils pas alors totalement vers une autre crypto-monnaie qui prendra la place du Bitcoin jusqu’à ce que cette autre crypto-monnaie soit elle même légalisé puis remplacé. Les crypto monnaies seraient alors vouées à être des monnaies “éphémères” jouant le rôle du cash, qui par la volonté des états aura fini par disparaître, un cash électronique : à savoir un instrument de contestation dans des sociétés de contrôles.

Et vous qu’en pensez vous ?

Une petite vidéo de Bloomberg au 26 mai 2017.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-05-25/pact-to-speed-up-bitcoin-drives-digital-currency-to-record-high?utm_source=FundersClub+Weekly+Newsletter&utm_campaign=e4ddaf5b50-FundersClub_Weekly_Newsletter_May_25_2017&utm_medium=email&utm_term=0_56b31be6c3-e4ddaf5b50-50643389

Cet article n'est pas un article de marketing digital ou de stratégie digitale mais fait échos aux digital humanities, à savoir comprendre comment notre société évolue avec le web et en saisir les principaux enjeux.

Reference and sources:

How to position for the rally in Bitcoin, November 2015, Adamant Research  

Virtual currency tangible Returns,

Bitcoin ringing The Bell for a new asset, January 2017, Chris Burniske, ARK Invest, Adam White, COINBASE

Does BTC improve portefolio diversification, 3 June 2015, Stephan Gasser, EPub Institutional Repository

Bitcoin Currency or Asset, November 2015, Dirk G Baur, Kühne Logistics University, KiHoonKong, Hongik University of College of Business, Adrian D Lee, UTS Business School

“Peech Aviation accepte les paiements de réservation en Bitcoin”: Lien vers l'article du LePoint 22Mai2017

“Bitcoin, Bienvenue dans la 3ème bulle “18 mai 2017  http://la-chronique-agora.com/bitcoin-bulle/

https://bitcoincharts.com/charts/volumepie/

Aux origines de la monnaie, Alain Testart , 2001

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Le Bitcoin est généralement définie comme une monnaie virtuelle circulant sur internet.

Mais pouvons nous réellement parler de monnaie ? Le Bitcoin en épouse-il réellement les fonctions?  Ne serions nous pas désormais plutôt face à un actif financier dont les performances seraient comparable à celles d’autres actifs, comme l’or par exemple.

Au contraire, serait ce une classe d’actif financier inconnu jusqu’à maintenant ?

Essayons d’y voir plus clair…


“Le Bitcoin est une monnaie ! “ Oui mais..

Mais qu’est ce qu’exactement une monnaie ? Il est bon de repartir de la définition de la monnaie telle qu’on peut la retrouver sous Wikipedia, “la monnaie est définie par Aristote par trois fonctions: l’unité de compte, la réserve de valeur et l’intermédiaire des échanges”. Prenons tout d’abord, l’Unité de compte. Le Bitcoin permet en effet de mesurer la valeur d’un bien ou d’un service et peut être stocké en vue d’une utilisation future. On peut par exemple déterminer qu’un tableau d’art vaut 2 ou 3 bitcoin, il n’y pas de limites aux biens mesurables avec le bitcoin. Sur cette première caractéristique, il n’y a pas de discussion particulières, cette fonction est remplie.  

Un Instrument d’échange car peut l’utiliser pour acheter des biens ou des services. Tout type de bien ou de services pourraient en théorie être acheté en Bitcoin. C’est aussi une réserve de valeur, il peut être stocké pour être utilisé dans le futur.En s'arrêtant là, nous pourrions facilement conclure que le Bitcoin est une monnaie comme une autre.

Pour autant, si nous regardons la définition précise de ces deux dernières fonctions, nous pouvons tracer les limites du Bitcoin en tant que monnaie.

Wikipedia définit la fonction d'instrument d’échange d’une monnaie par “La monnaie permet de s'affranchir des limitations du troc en constituant une valeur échangeable contre biens et services dans la mesure où les autres acteurs de l'économie l’acceptent aussi”. Or sur ce dernier point, le Bitcoin n’y répond pas totalement car celui ci n’a pas de cours légal, c’est à dire qu’il serait reconnu par les pouvoirs publics et que dans un pays ou une zone (l'europe par exemple), tous les commerçants seraient obligé d’accepter les paiements en Bitcoin.

Par exemple, l’euro possède un cours légal: en France l’article R.642-3 du Code Pénal sanctionne le refus d’accepter les billets et les pièces libellées en cette monnaie.   La notion de réserve de valeur est elle aussi sujette à débat. Par celle ci on entend “la capacité que possède un instrument financier ou réel de transférer du pouvoir d’achat dans le temps.” (source Wikipedia). Pour transférer du pouvoir d’achat dans le futur, il faut un garantir qu’elle existera encore dans celui ci et que sa valeur y restera à peu près constante.

Or le Bitcoin possède une volatilité très forte car il ne repose qu’exclusivement sur le principe de l’offre et de la demande, n’étant régulé par aucun organismes, Banques centrales ou États au contraire de monnaies comme l’Euro ou le dollar. Par exemple si l’euro prend ou perd trop de valeur, la banque centrale européenne intervient pour réguler ses fluctuations.  Et dans son histoire, le Bitcoin a vécu des chutes brutales de son cours et sur des périodes très rapprochées. Pour exemple, le 30 Novembre 2013 sa valeur était de $1150,73 pour tomber à $547,53 le 18 Décembre, à peine une quinzaine de jours après. Cette chute faisait suite à perte de confiance des épargnants (principalement chinois) à la suite d’une note de la banque centrale chinoise refusant de donner un cours légal au Bitcoin et avertissant qu’investir dans le Bitcoin était un choix à ses risques et périls (Article du Los Angeles Times).  De forte variation de cours peuvent aussi se produire suite à des bulles spéculatives, par exemple une  chute de plus de 60% s’est produite le 12 Avril 2013.  

Plus récemment, même phénomène avec une dépréciation autour de 30% en 2 jours (de 2300 euros à 1680 environ) à la suite d’un rally haussier très important sur les mois d’Avril et Mai 2017.

Le Bitcoin n’épouse donc pas totalement les 3 fonctions propres à la monnaie.

L’autre fonction qui peut permettre de caractériser la monnaie c’est d’être un moyen de paiement.  Alain Testart, anthropologue français, dans le livre “Aux origines de la monnaie “ 2001 l’a définit même comme la fonction la plus importante, au delà même de celle plus communément admise de “moyen d’échange”.  


Un moyen de paiement ? techniquement oui, à l’usage peu  


Pour se faire une idée sur la notion de moyen de paiement, plusieurs éléments nous semblent intéressant à regarder. Ou payons nous en Bitcoin ? Quels sont les volumes d’échanges vs d’autres moyens de paiement utilisé? Quel est le profil utilisateurs des personnes possédant des Bitcoins ?


Il est possible de consulter le site www.coinmap.org , crée en 2013 par Satoshilabs, ou l’on peut avoir une idée des pays ou des expériences de ventes en physiques avec cette monnaie. Ce site n’est pas forcément exhaustif car il repose sur du déclaratif (on peut en effet se demander pourquoi l’Afrique est si peu représenté, notamment le Nigeria) mais il montre qu’il est possible de payer en Bitcoins dans le monde physique et un peu partout dans le monde.

Le Japon développe d’ailleurs son utilisation. Sii à date 4500 magasins autorisent le paiement en Bitcoins, cela concernera bientôt 260 000 enseignes au sein de l’archipel comme nous l’explique Numerama dans son article du 06 Avril, pour plus d’informations sur le sujet, vous pouvez lire leur article ci contre  Bitcoin Payment Makes Way To Japanese Retailers, PYMTS.com 30 May17 . Récemment une compagnie aérienne japonaise propose même à ses clients de payer leur billet d’avion en bitcoin,  Peach Airline to Accept Bitcoin After Japan Recognizes Cryptocurrency

Quant à son usage dans le monde numérique, il n’est pas limité au darknet comme pourrait le laisser croire l’image donné par les médias récemment. Il est aussi possible de payer en bitcoin sur des sites marchand. Le site français  bitcoin.fr peut vous en donner un rapide aperçu, non exhaustif  (https://bitcoin.fr/depenser-ses-bitcoins).


Une des limites à l’usage du moyen de paiement “Bitcoin” est la non protection de l’usager en cas d’utilisation frauduleuse. Or cette sécurité est une part entière des moyens de paiements traditionnels (carte bancaire par exemple) et limite actuellement la confiance et potentiellement son adoption par le citoyens lambda dans sa vie de tous les jours.

Si notre carte bancaire est utilisée de manière frauduleuse, les banques sont obligées de nous rembourser, ce n’est pas le cas du Bitcoin. En effet, si le protocole est infalsifiable, les plateformes d’échanges du Bitcoin peuvent elle, être hackées.  Cette notion de confiance est très importante dans le Bitcoin, et ce sujet sera explicité dans notre troisième article “Profil/User”.


Donc oui le Bitcoin est utilisé en tant que moyen de paiement, mais son usage en tant que tel est il réellement significatif ?


L’idée serait de regarder ’utilisation actuelle du Bitcoin par les personnes en  possédant.

On peut déjà regarder les volumes transaction par jours à l'échelle mondiale et en le comparant à d’autres moyens comme PayPal et les cartes bancaires.

Avec 300 000 transactions par jours contre 1,2 milliards pour les cartes bancaires, nous pouvons considérer le volume liés au Bitcoin comme anecdotique pour le moment.  Mais les personnes qui en possèdent l’utilise ils réellement comme un moyen de paiement?  En cela l’étude “ Bitcoin : currency or asset ?”, publiée en Novembre 2015, nous éclaire. Nous nous appuierons d’ailleurs beaucoup sur celle ci tout au long de notre article. Elle distingue les investisseurs (active investor and receive only investor), qui achètent des Bitcoins avec l’idée de spéculer ou d’investir et ceux qui l’utilisent en tant que “monnaie” (currency user), pour acheter des biens et des services.

Entre 2011 et 2013, ils constatent que si la part des “investisseurs” dans la population utilisant le Bitcoin passe de 27,36% à 34,62%, celle des “currency user” varie de 7,02% à 2,54%, ce qui représente une baisse significative. L'étude en tire la conclusion que le Bitcoin, pour la majorité de ceux qui en possèdent, est désormais plus considéré comme un actif financier qu’un moyen de paiement.


Le Bitcoin serait donc surtout un actif financier : mais de quel type?


On peut se demander si ce ne serait pas un produit financier de type spéculatif plus qu’un produit d’investissement ? Pour cela on peut regarder  sa volatilité que nous avons calculé à partir des valeurs quotidiennes du cours entre Octobre 2011 et Avril 2017.


Nous constatons, que si sa volatilité était extrêmement forte à ses débuts, celle ci à tendance à se stabiliser depuis 2015. On pourrait donc se dire que le Bitcoin est de moins en moins spéculatif. Pour autant si on compare cet indice de volatilité avec celui d’autres actifs, travail réalisé dans “ Bitcoin : Currency or Asset?”, la volatilité du Bitcoin reste extrêmement élevée comparée à celle des autres actifs étudiés.


Cet actif possède donc des caractéristiques forte de spéculation mais pas uniquement, et cela semble évoluer. Ce n’est pas donc suffisant pour la caractériser en tant que produit spéculatif.

Le Bitcoin est il une valeur refuge ?


L’attention médiatique récente semble concentré sur les performances financières de cet “or numérique” qui bat chaque semaines records après records : Le Bitcoin serait devenu une valeur de refuge ?

Mais tout d’abord, qu’entendons nous par une valeur refuge.

Une valeur est théoriquement une valeur qui fluctue moins que son indice de base, possède donc une faible volatilité et donc propose plus de sécurité. Certaines actions sont des valeurs refuges, les devises (notamment le USD et le Franc Suisse) ou l’or qui est considérée historiquement comme une valeur refuge par excellence.

La notion de refuge peut s’évaluer d’un point de vue comportemental, c’est à dire la tendance qu'ont les investisseurs à s’y réfugier dans le cadre de mouvement négatifs sur d’autres actifs (comme les actifs cotés type actions). C’est d’ailleurs plus dans ce sens que l’or est considéré comme une valeur refuge, plus que par sa volatilité, qui est loin d’être faible et qui si nous la considérons que sur ce dernier critère ‘en ferait pas un actif de type “refuge”.

Cette notion de valeur refuge a été d’autant plus évoqué que le prix du Bitcoin est passé pour la première fois au dessus de l’once d’or le 02 Mars 2017.


Un des premières analyse consiste à regarder la corrélation de l’évolution du cours du bitcoin (entre 2011 et 2017) avec les autres actifs financiers, que sont les actions (Nasdaq, S&P 500), le dollar, l’euro, le cours des matières premières (Ishares Commodities) et bien entendu l’or. On ne retrouve aucune corrélation particulière entre le Bitcoin et les autres actifs étudiés d’après l’étude “Bitcoin: currency or asset ?”.

Si c’était une valeur refuge, on aurait dû avoir un comportement proche de l’or et notamment sur des moments critiques sur les marchés boursiers. L’or étant connu pour réagir à l’opposée des marchés lorsque la situation se tend.


Dans cette optique, nous pouvons regarder le début de crise financière chinoise ayant eus lieu début Janvier 2016 suite à la dépréciation de la monnaie chinoise par le Gouvernement, faisons suite au mini krach boursier de l’été 2015 en Chine Article du Monde Janvier 2016.

Ce mini krach boursier s’est répercuté sur quelques semaines sur les marchés Européens et Américains.  L’idée était donc de regarder dans un premier temps et sur cet exemple précis, si sur les plateformes occidentales et chinoise, nous constations un comportement refuge immédiat comme l’or.


Nous constatons qu’il n’y a pas eus d’envolée particulières du Bitcoin pendant cette période, au contraire de l’or, qui lui a joué le rôle de valeur refuge immédiate.  


L’étude “Bitcoin : Currency or asset ?” a réalisé ce type d’exercice, de manière plus approfondie, sur une période plus longue en comparant le comportement du Bitcoin avec celui du S&P 500 pour voir si on constate un comportement “refuge” en réaction à une évolution négative des actions cotées américaines, à savoir le S&P 500.

L’étude ne constate aucunes relation inverse entre le cours du S&P500 et celui du Bitcoin, a savoir que même lors d’une chute brutale du S&P500, il n’y a pas de protection systématique des investisseurs avec le Bitcoin.  


Contrairement aux idées reçues, on ne peut donc pas réellement parler de valeur refuge.

Le Bitcoin est avant tout un actif non identifiable et...en constante évolution    


Si le Bitcoin, à date, semble plus se rapprocher plus d’un actif financier que d’une monnaie, il ne ressemble à aucun connu actif connu. La datavisualisation (voir notre article " Visualizing Bitcoin ") que nous avons publié précédemment, nous montre qu’il ne rentre dans aucunes cases et possède sa propre représentation.


Certaines caractéristiques (cours légal, moyen de paiement par exemple) ne sont pas figées et pourrait le caractériser à l’avenir selon la position qu’auront à l’avenir les états ou les institutions financières sur ce nouvel actif et le rapprocher d’autres bien identifiés.


Mais que deviendront les idéaux libertariens qui ont fait naître cette monnaie avec l’envie de créer une alternative à notre système financier si son adoption générale vient de la reconnaissance par les Etats et les institutions financières dont elle prétend s’affranchir ? Surtout si la “légalisation” de cette monnaie a pour objectif de mieux la contrôler ?

Paradoxal non?


Ces idéaux ne se déplaceront ils pas alors totalement vers une autre crypto-monnaie qui prendra la place du Bitcoin jusqu’à ce que cette autre crypto-monnaie soit elle même légalisé puis remplacé. Les crypto monnaies seraient alors vouées à être des monnaies “éphémères” jouant le rôle du cash, qui par la volonté des états aura fini par disparaître, un cash électronique : à savoir un instrument de contestation dans des sociétés de contrôles.

Et vous qu’en pensez vous ?

Une petite vidéo de Bloomberg au 26 mai 2017.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-05-25/pact-to-speed-up-bitcoin-drives-digital-currency-to-record-high?utm_source=FundersClub+Weekly+Newsletter&utm_campaign=e4ddaf5b50-FundersClub_Weekly_Newsletter_May_25_2017&utm_medium=email&utm_term=0_56b31be6c3-e4ddaf5b50-50643389

Cet article n'est pas un article de marketing digital ou de stratégie digitale mais fait échos aux digital humanities, à savoir comprendre comment notre société évolue avec le web et en saisir les principaux enjeux.

Reference and sources:

How to position for the rally in Bitcoin, November 2015, Adamant Research  

Virtual currency tangible Returns,

Bitcoin ringing The Bell for a new asset, January 2017, Chris Burniske, ARK Invest, Adam White, COINBASE

Does BTC improve portefolio diversification, 3 June 2015, Stephan Gasser, EPub Institutional Repository

Bitcoin Currency or Asset, November 2015, Dirk G Baur, Kühne Logistics University, KiHoonKong, Hongik University of College of Business, Adrian D Lee, UTS Business School

“Peech Aviation accepte les paiements de réservation en Bitcoin”: Lien vers l'article du LePoint 22Mai2017

“Bitcoin, Bienvenue dans la 3ème bulle “18 mai 2017  http://la-chronique-agora.com/bitcoin-bulle/

https://bitcoincharts.com/charts/volumepie/

Aux origines de la monnaie, Alain Testart , 2001